Vendredi 9 décembre 2011 5 09 /12 /Déc /2011 23:38

http://www.rue89.com/2011/10/15/petit-je-voulais-etre-boulanger-mais-jetais-bon-en-maths-225582

 

"Petit, je voulais être boulanger, puis facteur, puis berger. On m'a poussé à faire des études. On m'a expliqué que c'était le seul moyen de réussir ma vie, de gagner de l'argent, de m'épanouir dans un métier. J'ai enduré de longues heures, de longues années de cours. Je me suis ennuyé, ennuyé et encore ennuyé sur des dizaines, des centaines, de milliers de chaises.

Et maintenant que j'ai cinq années d'étude en poche, que je travaille - je suis ingénieur, je passe mes journées à concevoir des cuillères en plastique à moindre coût, pour environ 1700 euros par mois- je continue à m'ennuyer, et regrette profondément de n'avoir pas écouté le petit enfant qui voulait élever ses moutons en Ardèche.

Et autour de moi, lorsque je tends l'oreille, voici ce qui tombe dedans :

  • « J'ai fait cinq ans d'étude, je passe mes journées à faire des additions. Tout ce que j'ai appris ne me sert finalement à rien. »
  • « J'aurais bien fait des études littéraires ou sociales, mais on m'a martelé qu'il n'y avait pas de débouchés. Je me suis fatigué à bosser des matières ennuyeuses pendant des années en espérant que j'aurais un travail solide au bout ; et maintenant que j'ai mon diplôme, j'enchaîne les CDD à temps partiel payés au smic... »
  • « J'en ai marre de tout donner, de partir tous les matins à 7 heures et de rentrer tous les soirs à 20 heures, et de continuer à galérer pour manger des casseroles de pâtes et pour me payer un 20 m2 tout miteux »…

Des agents économiquement productifs ou des ratés

Soumise aux pressions des marchés, l'école, de plus en plus délaissée par l'Etat, tend à aspirer les enfants dans une machine scolaire infernale, pour ensuite recracher vingt ans plus tard soit des agents économiquement productifs, soit des ratés.

Ainsi, tant qu'un élève aura de bonnes notes, on lui conseillera vivement de suivre la voie royale : seconde générale, première scientifique, option mathématiques, maths sup, etc.

On ne cherchera pas à savoir ce que l'élève veut faire de sa vie. De toute façon, lui-même n'en sait rien, car bien souvent ni l'école ni la vie de tous les jours ne lui donnent les moyens de savoir ce qu'est un métier, ou tout du moins un métier différent de celui de ses parents.

Pour maintenir l'ordre : l'angoisse

En série scientifique, plein de jeunes se battent pour devenir ingénieurs, car on leur dit que c'est le seul moyen d'avoir une situation stable et confortable, mais la grande majorité ne sait même pas expliquer ce qu'est au juste un ingénieur. C'est du formatage : la France veut des ingénieurs, car statistiquement, ils font plus grimper le produit intérieur brut que les agriculteurs ou que les poètes.

On abuse de l'indécision pour les pousser dans des voies qu'ils choisissent rarement en connaissance de cause et qui engagent toute leur vie.

Pour maintenir l'ordre, pour que les élèves filent sagement dans l'entonnoir, on utilise une arme redoutable : l'angoisse. Les télés, les radios, les politiques, les profs, les parents, toute la société dans son ensemble angoisse la jeunesse :

  • « La situation est grave, nous sommes en crise ». Il faut entrer dans la « guerre économique » ;
  • « Les plus faibles sombreront dans le chômage, et finiront à la rue » ;
  • « De toute façon, il n'y a plus d'argent dans les caisses ; et on ne va pas taxer les riches, les spéculateurs et les capitaux, car sinon tout partira à l'étranger… » ;
  • « Tremblez, enfants de la cinquième puissance mondiale : si vous ne voulez pas crever de faim, travaillez, étudiez vos mathématiques, devenez ingénieurs, faites-nous des plans d'avions de chasse et de centrales nucléaires. »

Premières victimes : les enfants des classes modestes

Ce sont généralement les enfants des familles les plus modestes qui sont le plus sensibles à ce stress, à ce chantage, car leur échec ne peut que très difficilement être financièrement amorti par la famille. Et encore moins par un Etat de moins en moins soucieux des questions d'équité sociale (car ne l'oublions pas : dans un monde où l'on donne des centaines de milliards aux banques, l'équité, ça coûte trop cher).

Pour ces enfants modestes, tout tâtonnement est proscrit, il faut foncer tête baissée dans l'entonnoir. Je n'oublierai jamais ces heures d'angoisse qui précédaient les contrôles de mathématiques – coefficient 9 –, de physique – coefficient 6 –, ces heures à faire et à refaire toujours les mêmes exercices, ces heures où ma place en classe préparatoire, où tout mon avenir se jouait. Ces heures et ces années où l'école abrutit plus qu'elle n'élève.

Le lycée est, pour certains, un véritable enfer dans lequel la moindre mauvaise note est susceptible de faire chuter lourdement une moyenne ; et une mauvaise
moyenne dans une discipline clé peut, à son tour, considérablement réduire les chances d'un élève d'être pris en classe préparatoire, BTS, etc.

Avoir de bonnes notes ne suffit pas, il faut aussi être bien classé ; et la compétition commence dès le collège et s'intensifie avec les années d'études. Elle peut devenir terrible lorsqu'il s'agit des concours de médecine ou d'entrée aux grandes écoles. Bien souvent, la soif de la réussite prend le dessus sur le désir d'apprendre.

Matheux = génies, philosophes = inutiles

L'art, la philosophie et la poésie sont des disciplines pleines de sens qui peuvent orienter une vie. Le système scolaire les néglige de plus en plus. L'histoire et la géographie sont désormais en option en terminale S ; disciplines évidemment inutiles pour former, à titre d'exemple, nos futurs ingénieurs nucléaires.

Il me semble qu'assez tôt dans le cursus, les « matheux » sont assimilés à des génies, les économistes à des prophètes, les poètes à des cancres et les philosophes à des choses inutiles. Il serait vraiment triste qu'au lieu d'aider les élèves à donner du sens à leur vie, l'école se contente de les transformer en
machines à calculer.

A force de négliger les aspirations de la jeunesse, la société donne naissance à des générations en souffrance, à des adultes qui doutent de plus en plus du sens de leur travail, et il ne faut pas s'étonner qu'un jour ou l'autre, une génération se réveille subitement pour refuser un monde qu'elle n'a jamais eu l'occasion de choisir.

La force et l'énergie des révoltés, des indignés sont, pour moi et pour beaucoup, une grande espérance."

Pour une fois, ce n'est pas moi qui le dis ! 

Marie

Par marie professeur
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Samedi 26 novembre 2011 6 26 /11 /Nov /2011 19:53

Depuis un an, je suis sur un projet d'illustration d'un conte de Grimm. Finalement, le traduire aura été plus rapide et plus facile !

IMG_0712.jpg

J'ai eu le temps de faire des croquis, de prendre des photos de ce que j'étais incapable de dessiner, ou incapable de me représenter en 3D clairement.

 

J'ai passé des journées sur google images, à la recherche de photos de costumes historiques, de chaussures usées, de teintes de cernes ! Par exemple, j'ai pris des photos de chaussures complètement usées, des gens qui posent parce que l'attitude que je cherche est complexe - et aussi parce que je me complique la tache en faisant une vue du dessus !

Il me manque encore un barbu qui fasse semblant de boire, aussi !!

 

Bref, c'est long et je n'ai pas assez de temps libre pour m'en occuper, mais je m'amuse bien. 

Je suis encore indécise concernant l'époque et le lieu où je fait se dérouler l'histoire : Ocelot, que j'ai eu tout le temps d'admirer quand j'étais prof en maternelle, m'a "piqué" mon idée dans son dernier dessin animé, du coup, je pense me rabattre sur le l'idée plus classique que j'ai d'abord eu. 


J'ai aussi pensé faire des illustrations à la manière de karambolage, comme des collages enfantins, ou utiliser des photos d'identité à la place des têtes, mais ça nécessite de disposer d'un grand stock de photos libres de droit, et je ne suis pas Amélie Poulain ;-)

A moins d'avoir une idée géniale, je pense donc avoir recours à mes bons vieux contes russes, et à leur imagerie inépuisable...

Marie

Par marie
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Dimanche 16 octobre 2011 7 16 /10 /Oct /2011 10:45

Nouveau sujet de colère chez les profs déjà passablement déboussolés par les suppressions de poste ou la réforme de leur formation. L’"outil de repérage des élèves présentant des risques pour les apprentissages à l’usage des enseignants", concocté par la Dgesco (Direction générale de l’enseignement scolaire) du ministère de l’Education et que le SE-Unsa s’est procuré, provoque inquiétude et refus.

Dans l’intention, certainement louable, d’aider le plus tôt les élèves potentiellement en difficulté, les professeurs seraient invités à classer les élèves suivant qu’ils seraient à  "risque" et à "haut risque", avec des "épreuves étalonnées identiques sur tout le territoire".

Ce n’est pas tant l’outil lui-même qui provoque la bronca. Comme le dit Christian Chevalier, le secrétaire général du SE-Unsa,  "Il est tout à fait normal d’évaluer les élèves". "Le problème, c’est l’utilisation qui serait censée être faite de cet outil, poursuit Christian Chevalier. Il s’agirait rien moins que de trier les élèves dès l’âge de cinq ans avec une obsession de la traçabalité avec laquelle nous sommes en total désaccord !"

"Etre à risque, c'est ne pas être dans la norme". 

A partir de l’observation de quatre items (comportement, langage, motricité, conscience phonologique – c'est-à-dire la conscience des sons -),  les enseignants devraient mener un "entraînement progressif" avec les enfants repérés "à risque", avant d’évaluer leurs progrès. "Notez au passage, le choix du vocabulaire qui n’est pas neutre, souligne Christian Chevalier. Il s’agit d’"entraînement". Comme dans le sport de haut niveau".

Toujours selon le document de la Dgesco, le "score à risque" est défini "à partir d’un échantillon représentatif d’élèves de grande section de maternelle en novembre-décembre de l’année scolaire". Autrement dit, être à risque, c’est ne pas être dans la norme.

Le syndicat  des Inspecteurs de l’Education National SIEN-Unsa a eu beau essayer de calmer le jeu en obtenant du ministère l’assurance que "cet outil ne serait pas systématique", le SE- Unsa n’a pas l’intention de désarmer. Son secrétaire général prévient qu’au besoin, les enseignants "refuseront d’utiliser l’outil"Un outil jugé inutile, nocif. "Pas de réponse individualisée, pas de recours aux aides spécialisées, le protocole unique du ministère est censé tout résoudre" déplore le SE-Unsa.

"Démarche épidémiologique"

"On va conditionner les élèves 'à risque' à échouer'" quant à lui regretté auprès de l’AFP le pédopsychiatre Marcel Ruffo. "A cinq ans, l’enfant a la compétence de douter de lui. (…) Il sait qu’il déçoit ses parents et il va se cantonner dans l’échec.  On colle une étiquette extrêmement anxiogène sur des enfants : lorsqu’on est signalé tôt comme en difficulté, on le devient. … Si on dit 'on va tout évaluer', les parents vont surévaluer, ils ne vont pas laisser à l’enfant la capacité en maternelle d’avoir des évolutions un peu différentes qui ne préjugent pas de l’avenir". La légende dit qu’Einstein n’a pas parlé avant l’âge de cinq ans. Que serait-il devenu dans le système français ?

Autre critique du syndicat : l’"amalgame entre le médical et le pédagogique". De fait la France, qui est très en retard pour le dépistage médical des troubles du développement (autisme, hyperactivité, dyxpraxie etc..), semble vouloir faire faire par les profs ce que ses structures sanitaires ne sont pas en mesure de proposer. Marcel Rufo  ne s’y est pas trompé. Il déplore une "démarche épidémiologique", qui ne remplacera jamais "l’intime, la relation que l’enseignant noue avec l’enfant et le dialogue singulier qu’il a avec ses parents". 

Record mondial

A l’heure où tous les classements internationaux désignent les résultats scolaires français comme médiocres, on retrouve dans ce projet  de "repérage des élèves à risque pour les apprentissages"  - au nom d’une bonne intention - tous les défauts attribués au système éducatif français : centralisme, technocratisme, organisation structurelle de l’esprit de compétition,  standardisation de l’évaluation, obsession du classement. Les étrangers, à l'instar de prof de sciences po Peter Gumpel (auteur de "On achève bien les écoliers", Grasset 2010) observent déjà avec stupéfaction la manie française du rang, et cette obsession du jugement porté sur les élèves à tout bout de champs, sans pour autant sauver les plus en difficulté.

Mais jusqu’à présent ce travers a empoisonné surtout le collège et le lycée. Le système éducatif français va donc pouvoir s’enorgueillir de réussir à classer ses élèves dès la grande section de maternelle. Probablement un record mondial. 

Jacqueline de Linares - Le Nouvel Observateur

 

Par marie professeur
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Jeudi 8 septembre 2011 4 08 /09 /Sep /2011 15:29

Le grand-livre est un terme de comptabilité. Comme il est ancien, il est assez littéraire, et dénote dans l'univers froid et rigide de la compta.

L'année où  j'étais prof une fois par semaine en moyenne section, j'ai fait un stage de 3 semaines en CE1-CE2. Pendant un an et demi, j'enseignais à compter jusqu'à 20, et du jour au lendemain, je dois enseigner les tables de multiplication de 8 et 9 ! Mais je m'y suis remis - on n'a pas le choix quand on commence dans l'éd.nat...

Et puis, ce n'était pas désagréable de s'adresser enfin à des apprentis lecteurs, plutôt qu'à des analphabètes violents et malveillants !

Le lundi matin de la dernière semaine de stage, j'étais rodée et les élèves aussi : il s'agissait de réciter les tables, un par un, je désignais du doigt l'élève qui devait réciter, de sorte que tous suivent, n'importe quel élève pouvant être interrogé à tout instant.

Tout à coup, j'ai stoppé net la récitation : j'ai eu le malheur d'avoir un trou (pendant quelques secondes, le vide complet dans ma tête), lors de mon énième inspection par une formatrice dont j'ai déjà bien parlé sur ce blog ! 

Elle m'a bien sûr reproché par écrit dans son rapport de ne même pas maîtriser les savoirs de base, ce qui est assez stupide puisque j'ai eu mes écrits du concours haut la main (français, histoire ET maths), donc je maîtrise mes tables et même le programme de maths jusqu'en 3ème, merci !

Cela veut dire aussi qu'elle ne voyait pas qu'elle me détruisait, que je m'usais au point d'avoir des trous de mémoire et des chutes de l'attention : à sa place, je me serais inquiétée non pas de la maîtrise des connaissances, mais du fait que ma résistance nerveuse et ma santé déclinaient à vue d'oeil, et mettaient les élèves en danger pour leur sécurité (et la mienne, accessoirement).

C'est d'ailleurs pour cette raison que j'ai quitté l'ed.nat : je ne vais pas me consumer pour 1.500€ mensuels brut...

Marie

Par marie professeur
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Jeudi 8 septembre 2011 4 08 /09 /Sep /2011 15:11

Cette année, je fais un peu de comptabilité là où je travaille.

Le comble, pour une littéraire comme moi (du moins, j'ai suivi tout le cursus littéraire du bac et des études supérieures, et ma licence elle-même est une licence de LETTRES classiques...), c'est d'être la plus matheuse d'un groupe. Un groupe de filles, certes, mais c'est quand même à se demander pourquoi j'ai fait des études littéraires, puisque je n'ai pas peur des nombres !

 

Toutes les filles qui ont passé avec succès le bac S, parmi mes connaissances, ont du travail aujourd'hui.

Le bac ES aussi, même si certaines se retrouvent vendeuses à bac+5. Les plus mal loties, ce sont les littéraires qui ont arrêté au bac : celles-là, elles ne savent rien de ce qui est utile de maîtriser. Ni informatique, ni techniques, ni calcul, ni connaissances scientifiques. Elles n'ont aucune place sur le marché du travail, et elles ont passé des années à apprendre tout ce qui ne leur servira pas, tout ce qui est futile de savoir. Toutes les portes leur sont fermées, car il est trop tard pour les former, ou bien cela coûte trop cher.

Il est évident qu'en attendant, cela coûte cher aux parents de financer des études littéraires qui ne débouchent sur rien !

Si j'avais une réforme à mener, j'encouragerais les sciences plutôt que les lettres, et les littéraires, en priorité, je les encouragerais à se former à un métier qui n'a rien à voir avec l'art et les langues.

Aujourd'hui, si j'ai appris à apprécier les beaux-arts par mes études, j'apprécie de pouvoir vivre grâce à un métier qui n'est ni futile ni éphémère ou instable... et qui n'a rien à voir avec les belles lettres ou l'art visuel !

Marie    

Par marie
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