Dimanche 16 octobre 2011 7 16 /10 /Oct /2011 10:45

Nouveau sujet de colère chez les profs déjà passablement déboussolés par les suppressions de poste ou la réforme de leur formation. L’"outil de repérage des élèves présentant des risques pour les apprentissages à l’usage des enseignants", concocté par la Dgesco (Direction générale de l’enseignement scolaire) du ministère de l’Education et que le SE-Unsa s’est procuré, provoque inquiétude et refus.

Dans l’intention, certainement louable, d’aider le plus tôt les élèves potentiellement en difficulté, les professeurs seraient invités à classer les élèves suivant qu’ils seraient à  "risque" et à "haut risque", avec des "épreuves étalonnées identiques sur tout le territoire".

Ce n’est pas tant l’outil lui-même qui provoque la bronca. Comme le dit Christian Chevalier, le secrétaire général du SE-Unsa,  "Il est tout à fait normal d’évaluer les élèves". "Le problème, c’est l’utilisation qui serait censée être faite de cet outil, poursuit Christian Chevalier. Il s’agirait rien moins que de trier les élèves dès l’âge de cinq ans avec une obsession de la traçabalité avec laquelle nous sommes en total désaccord !"

"Etre à risque, c'est ne pas être dans la norme". 

A partir de l’observation de quatre items (comportement, langage, motricité, conscience phonologique – c'est-à-dire la conscience des sons -),  les enseignants devraient mener un "entraînement progressif" avec les enfants repérés "à risque", avant d’évaluer leurs progrès. "Notez au passage, le choix du vocabulaire qui n’est pas neutre, souligne Christian Chevalier. Il s’agit d’"entraînement". Comme dans le sport de haut niveau".

Toujours selon le document de la Dgesco, le "score à risque" est défini "à partir d’un échantillon représentatif d’élèves de grande section de maternelle en novembre-décembre de l’année scolaire". Autrement dit, être à risque, c’est ne pas être dans la norme.

Le syndicat  des Inspecteurs de l’Education National SIEN-Unsa a eu beau essayer de calmer le jeu en obtenant du ministère l’assurance que "cet outil ne serait pas systématique", le SE- Unsa n’a pas l’intention de désarmer. Son secrétaire général prévient qu’au besoin, les enseignants "refuseront d’utiliser l’outil"Un outil jugé inutile, nocif. "Pas de réponse individualisée, pas de recours aux aides spécialisées, le protocole unique du ministère est censé tout résoudre" déplore le SE-Unsa.

"Démarche épidémiologique"

"On va conditionner les élèves 'à risque' à échouer'" quant à lui regretté auprès de l’AFP le pédopsychiatre Marcel Ruffo. "A cinq ans, l’enfant a la compétence de douter de lui. (…) Il sait qu’il déçoit ses parents et il va se cantonner dans l’échec.  On colle une étiquette extrêmement anxiogène sur des enfants : lorsqu’on est signalé tôt comme en difficulté, on le devient. … Si on dit 'on va tout évaluer', les parents vont surévaluer, ils ne vont pas laisser à l’enfant la capacité en maternelle d’avoir des évolutions un peu différentes qui ne préjugent pas de l’avenir". La légende dit qu’Einstein n’a pas parlé avant l’âge de cinq ans. Que serait-il devenu dans le système français ?

Autre critique du syndicat : l’"amalgame entre le médical et le pédagogique". De fait la France, qui est très en retard pour le dépistage médical des troubles du développement (autisme, hyperactivité, dyxpraxie etc..), semble vouloir faire faire par les profs ce que ses structures sanitaires ne sont pas en mesure de proposer. Marcel Rufo  ne s’y est pas trompé. Il déplore une "démarche épidémiologique", qui ne remplacera jamais "l’intime, la relation que l’enseignant noue avec l’enfant et le dialogue singulier qu’il a avec ses parents". 

Record mondial

A l’heure où tous les classements internationaux désignent les résultats scolaires français comme médiocres, on retrouve dans ce projet  de "repérage des élèves à risque pour les apprentissages"  - au nom d’une bonne intention - tous les défauts attribués au système éducatif français : centralisme, technocratisme, organisation structurelle de l’esprit de compétition,  standardisation de l’évaluation, obsession du classement. Les étrangers, à l'instar de prof de sciences po Peter Gumpel (auteur de "On achève bien les écoliers", Grasset 2010) observent déjà avec stupéfaction la manie française du rang, et cette obsession du jugement porté sur les élèves à tout bout de champs, sans pour autant sauver les plus en difficulté.

Mais jusqu’à présent ce travers a empoisonné surtout le collège et le lycée. Le système éducatif français va donc pouvoir s’enorgueillir de réussir à classer ses élèves dès la grande section de maternelle. Probablement un record mondial. 

Jacqueline de Linares - Le Nouvel Observateur

 

Par marie professeur
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Jeudi 8 septembre 2011 4 08 /09 /Sep /2011 15:29

Le grand-livre est un terme de comptabilité. Comme il est ancien, il est assez littéraire, et dénote dans l'univers froid et rigide de la compta.

L'année où  j'étais prof une fois par semaine en moyenne section, j'ai fait un stage de 3 semaines en CE1-CE2. Pendant un an et demi, j'enseignais à compter jusqu'à 20, et du jour au lendemain, je dois enseigner les tables de multiplication de 8 et 9 ! Mais je m'y suis remis - on n'a pas le choix quand on commence dans l'éd.nat...

Et puis, ce n'était pas désagréable de s'adresser enfin à des apprentis lecteurs, plutôt qu'à des analphabètes violents et malveillants !

Le lundi matin de la dernière semaine de stage, j'étais rodée et les élèves aussi : il s'agissait de réciter les tables, un par un, je désignais du doigt l'élève qui devait réciter, de sorte que tous suivent, n'importe quel élève pouvant être interrogé à tout instant.

Tout à coup, j'ai stoppé net la récitation : j'ai eu le malheur d'avoir un trou (pendant quelques secondes, le vide complet dans ma tête), lors de mon énième inspection par une formatrice dont j'ai déjà bien parlé sur ce blog ! 

Elle m'a bien sûr reproché par écrit dans son rapport de ne même pas maîtriser les savoirs de base, ce qui est assez stupide puisque j'ai eu mes écrits du concours haut la main (français, histoire ET maths), donc je maîtrise mes tables et même le programme de maths jusqu'en 3ème, merci !

Cela veut dire aussi qu'elle ne voyait pas qu'elle me détruisait, que je m'usais au point d'avoir des trous de mémoire et des chutes de l'attention : à sa place, je me serais inquiétée non pas de la maîtrise des connaissances, mais du fait que ma résistance nerveuse et ma santé déclinaient à vue d'oeil, et mettaient les élèves en danger pour leur sécurité (et la mienne, accessoirement).

C'est d'ailleurs pour cette raison que j'ai quitté l'ed.nat : je ne vais pas me consumer pour 1.500€ mensuels brut...

Marie

Par marie professeur
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Jeudi 8 septembre 2011 4 08 /09 /Sep /2011 15:11

Cette année, je fais un peu de comptabilité là où je travaille.

Le comble, pour une littéraire comme moi (du moins, j'ai suivi tout le cursus littéraire du bac et des études supérieures, et ma licence elle-même est une licence de LETTRES classiques...), c'est d'être la plus matheuse d'un groupe. Un groupe de filles, certes, mais c'est quand même à se demander pourquoi j'ai fait des études littéraires, puisque je n'ai pas peur des nombres !

 

Toutes les filles qui ont passé avec succès le bac S, parmi mes connaissances, ont du travail aujourd'hui.

Le bac ES aussi, même si certaines se retrouvent vendeuses à bac+5. Les plus mal loties, ce sont les littéraires qui ont arrêté au bac : celles-là, elles ne savent rien de ce qui est utile de maîtriser. Ni informatique, ni techniques, ni calcul, ni connaissances scientifiques. Elles n'ont aucune place sur le marché du travail, et elles ont passé des années à apprendre tout ce qui ne leur servira pas, tout ce qui est futile de savoir. Toutes les portes leur sont fermées, car il est trop tard pour les former, ou bien cela coûte trop cher.

Il est évident qu'en attendant, cela coûte cher aux parents de financer des études littéraires qui ne débouchent sur rien !

Si j'avais une réforme à mener, j'encouragerais les sciences plutôt que les lettres, et les littéraires, en priorité, je les encouragerais à se former à un métier qui n'a rien à voir avec l'art et les langues.

Aujourd'hui, si j'ai appris à apprécier les beaux-arts par mes études, j'apprécie de pouvoir vivre grâce à un métier qui n'est ni futile ni éphémère ou instable... et qui n'a rien à voir avec les belles lettres ou l'art visuel !

Marie    

Par marie
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Jeudi 8 septembre 2011 4 08 /09 /Sep /2011 14:37

Mathématiques...

Ce simple mot fait peur à certain(e)s, alors qu'il n'y a rien d'aussi limpide. Le calcul, on a presque tous la capacité de comprendre, alors que l'orthographe par exemple est truffée d'exceptions et de lois à retenir qui vont à l'encontre du bon sens. D'ailleurs, il y a plus de dislexiques ou dispraxiques que de discalculiques...

En maths, rien d'arbitraire. Tout se justifie, s'explique : tout se tient. Du moins, il n'y a pas de place pour la subjectivité, le ressenti, la sensibilité. Il n'y a pas à plaire au supérieur, tout est rationnel et surtout, les chiffres sont là, incontestables.

Je fais un peu de compta cette année, et pour la première fois, outre que je (re)découvre que je n'ai pas peur des nombres, j'éprouve du plaisir à en faire usage dans un but concret : les maths deviennent (enfin) utiles, en tout cas, on en voit enfin l'intérêt et l'application quotidienne au travail.  

Déjà, avec le module de pré-professionalisation de la licence, j'avais appris à calculer avec un regard neuf d'adulte averti, convaincu de l'utilité des maths, et plus comme une enfant submergée par les flux d'angoisse des camarades en cours, qui paniquaient en entendant le mot "arithmétique". Au lieu d'adopter une attitude en phase avec le domaine étudié (les maths), nous étions encore sur le mode du ressenti, de l'émotion. Comme si tout était littérature...

Quand j'étais prof, je savais que les mathématiques étaient utiles, mais je ne les avais pas appliqué dans ma vie active. J'utilisais les maths, mais elles avaient un intérêt pour la vie courante, pas dans la vie réelle, la vie active. Je ne réalisais pas qu'on peut vivre en maniant les chiffres à longueur de journées, vivre des maths, en faire son métier.

N'ayant pas assez de recul ni d'expérience, je n'ai pas enseigné à mes élèves le comportement adapté à l'apprentissage des maths. En tant que future prof, on ne m'avait pas fait comprendre l'utilité des maths dans la vie active, pas seulement dans la vie courante.

C'est pour cela qu'il manquait la dimension pratique, quand j'enseignais les maths, dimension fondamentale  !

C'est ce qui me fait dire aujourd'hui que des petites jeunes qui ne connaissent rien à la vie ne peuvent pas légitimement se faire payer à élever les enfants des autres. Il faut avoir vécu, avoir fait un "vrai" métier, avoir vraiment été dans la vie active pour, après un retour sur son expérience et une réflexion sur soi, livrer un enseignement qui prépare vraiment à la vie active - et pas seulement à la vie courante.

Marie

Par marie professeur
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Lundi 27 juin 2011 1 27 /06 /Juin /2011 11:40

Des travaux d'intérêt général pour les élèves indisciplinés

Publié le 27-06-11 à 07:10    Modifié à 07:51     2 réactions

Cette nouvelle mesure sera intégrée aux autres sanctions des collèges et lycées à partir de septembre prochain.

Une "mesure de responsabilisation", tâche d'intérêt commun à effectuer par l'élève, intégrera dès la rentrée prochaine l'arsenal des sanctions des collèges et les lycées, selon un décret du ministère de l'Education nationale publié dimanche 26 juin au Journal officiel.

Selon ce texte, "l’engagement d’une action disciplinaire sera automatique dans certains cas de violences verbales, physiques ou d’autres actes graves".

Ce décret avait été rejeté le 30 septembre par le Conseil supérieur de l'éducation (CSE), qui représente notamment enseignants, lycéens, parents, étudiants et collectivités territoriales. Le CSE, dont l'avis n'est que consultatif, contestait en particulier l'automaticité de la procédure disciplinaire, notamment pour les violences verbales.

"Limiter le retour à l'exclusion"

Principale innovation du décret, "afin de responsabiliser les élèves sur les conséquences de leurs actes, une nouvelle sanction, appelée +mesure de responsabilisation+, est créée". Cette mesure avait été favorablement accueillie par le CSE.

"L'idée c'est de limiter le retour à l'exclusion", a expliqué dimanche soir sur TF1 Luc Chatel. "La mesure d'intérêt général constitue une alternative avec une vocation éducative", selon lui.

Cette sanction "consiste à participer, en dehors des heures d’enseignement, à des activités de solidarité, culturelles ou de formation à des fins éducatives", selon ce décret.

"Ces activités peuvent être réalisées au sein de l’établissement ou au sein d’une association, d’une collectivité territoriale, d’un groupement rassemblant des personnes publiques ou d’une administration de l’Etat".

Pas plus de vingt heures

Cette "mesure de responsabilisation" ne pourra excéder vingt heures, devra "respecter la dignité de l'élève" et "ne pas l'exposer à un danger pour sa santé". Par ailleurs, "l’exclusion temporaire de l’établissement ne pourra excéder huit jours, au lieu d’un mois auparavant" afin de limiter les risques de décrochage scolaire.

"L’exclusion temporaire de la classe (d’une durée de huit jours au plus) est ajoutée à l’échelle des sanctions", poursuit le texte, ajoutant que "dans ce cas, l’élève continue à être accueilli dans l’établissement".

"Une commission éducative" ayant "notamment pour mission d’examiner la situation d’un élève dont le comportement est inadapté aux règles de vie dans l’établissement et de favoriser la recherche d’une réponse éducative, est instituée".

Une échelle de six types de sanction devra être intégrée dans les règlements intérieurs: avertissement, blâme, "mesure de responsabilisation", exclusion temporaire de la classe, de l'établissement, et enfin exclusion définitive.

Le Nouvel Observateur - AFP

Par marie professeur
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